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Mathilde Cabias

Etudiante en cinéma d'animation

Le sureau doit fleurir est un docu-fiction réalisé dans le cadre de la validation du DNMADE cinéma d'animation au service du réel à l'Institut Sainte Geneviève.

Ce film de fin d'étude réalisé par Mathilde Cabias en partenariat avec Brigitte Rochelandet relate la remise en question morale et religieuse d'une jeune paysanne franc-comtoise au XVIIe siècle tandis qu’une femme du village est suspectée de sorcellerie.

HENRIETTE DE CRANS
la 1ere comtoise brûlée pour crime de sorcellerie

Le 20 novembre 2021, Besançon a mis à l’honneur la première accusée de sorcellerie brûlée dans le Comté de Bourgogne (aujourd’hui la Franche-Comté) au lieu dit « Chamars » le 7 mars 1434. Dans le contexte des manifestations liées au 25 novembre, jour de combat contre les violences faites aux femmes par les hommes, 587 ans plus tard, un buste réalisé par la sculptrice Anne-Valérie Dupont a été fixé sur le lieu même du bûcher. A travers le cas précis d’Henriette de Crans, cette œuvre rappelle la douloureuse de la chasse aux sorcières, survenue dans certaines régions d’Europe du 15e au 17e siècle et provoquant la mort d’environ 50 000 femmes et sans doute 10 000 hommes.

Qui était Henriette de Crans ? Très âgée, (+ de 70 ans), vivant seule dans une maison en pierre au cœur de la cité bisontine, Henriette est arrêtée suite à des rumeurs anonymes. Emprisonnée sur ordre de l’inquisiteur et du juge de l’archevêque, elle est interrogée, torturée et déclarée coupable. La cité organise son bûcher et invite toute la population à regarder mourir celle qui a quitté Dieu pour le Diable. Sans comprendre les raisons de sa condamnation, la vieille femme déambule dans les rues, avant d’être attachée sur le bûcher et mourir asphyxiée et brûlée vive. Suite à cette condamnation, et au développement de la peur du diable et de sa secte diabolique de plus en plus féminisée, la répression se durcit dans le Comté et provoque l’arrestation d’environ 1200 personnes, dont 75 % /80 % sont des femmes et dont la moitié finissent sur le bûcher. Cette statue permet à la population de comprendre l’impact des rumeurs, des fausses déclarations en période de peur. De sorcière, Henriette est devenue une icône.

Sorcières ?

A l’évocation du terme Sorcières, l’esprit fantasme.
La sorcellerie est un phénomène historique, un héritage antique. Sorciers et sorcières ont toujours œuvré, plus ou moins discrètement, usant d’arts peu conformes à la morale ou contre nature et supposés efficaces mais souvent incompréhensibles. Le pouvoir des sorciers et des sorcières émanait d’une alliance avec des divinités qui exigeaient des sacrifices. Dans l’Antiquité, les populations consultaient sorciers et sorcières avec crainte et respect, sans les condamner.

Homélie des Sorcières, de Caroline Duban & Lawrence Rasson, Elf-Shot éditions, 2018.

Il n’y a pas eu une chasse mais plusieurs, selon les époques et les pays. Suite à la publication du Marteau des sorcières,

 Sorcière (paysanne sur son balai) 

 Le Champion des dames 

de Martin Le Franc, 1451

Le Marteau des Sorcières

Le Marteau des Sorcières

Henry Institoris & Jacques Sprenger

Jérôme Millon éditions. 1993

Mais sur qui, sur quoi porte réellement notre imagination ?

En matière de sorcellerie, il faut s’entendre sur les mots et leur contenu.

D’où vient la sorcellerie ?

La sorcellerie est un phénomène historique, un héritage antique. Sorciers et sorcières ont toujours œuvré, plus ou moins discrètement, usant d’arts peu conformes à la morale ou contre nature et supposés efficaces mais souvent incompréhensibles. Le pouvoir des sorciers et des sorcières émanait d’une alliance avec des divinités qui exigeaient des sacrifices. Dans l’Antiquité, les populations consultaient sorciers et sorcières avec crainte et respect, sans les condamner.

 

Au 13e siècle, quel changement ?

La sorcellerie fut assimilée à un pouvoir surnaturel dû à un pacte avec le diable. Sorciers et sorcières devinrent des hérétiques soumis au diable et utilisés par leur maître afin de nuire ou détruire la Chrétienté. A partir du 14e siècle, en Europe, les serviteurs et servantes de Satan furent persécutés et condamnés au feu, sans que leur sexe ne soit pris en compte. Les autorités religieuses voulaient réprimer les pratiques maléfiques et les superstitions. Peu à peu, les accusées surpassèrent les accusés.

 

Chasse aux sorcières et féminicides ?

Il n’y a pas eu une chasse mais plusieurs, selon les époques et les pays. Suite à la publication du Marteau des sorcières, il semble que l’équation Femme = Sorcière prit de l’ampleur. Nuançons cependant ! Les hommes ne furent pas écartés des bûchers, leur nombre diminua certes, mais ils furent toujours persécutés. D’où la sagesse de ne pas assimiler les procès de sorcellerie à des féminicides, en raison de la présence de victimes masculines.

 

Qui étaient les accusées de sorcellerie ?

Non, les accusées n’étaient pas toutes «  de vieilles paysannes marginales, isolées et guérisseuses ». Certaines étaient jeunes, jolies ou non, mariées, veuves et mères. La sorcière, une guérisseuse ? Pas toujours ! Certaines étaient couturières, domestiques, vigneronnes, blanchisseuses ou poissonnières. Si nombre étaient issues de la campagne, d’autres vivaient en ville et avaient une situation sociale reconnue. Toutes ces femmes étaient parfaitement intégrées dans leur village ou ville. Lors des accusations, les témoins rapportaient des faits survenus depuis des décennies. La chasse aux sorcières ne fut jamais une chasse à l’étrangère. Ces procès furent surtout l’une des plus grande erreur judiciaire doublée d’un complot politico-religieux. Ils font partie des violences faites aux êtres humains.

 

Commet expliquer la fin des procès ?

Science et raison provoquèrent l’évolution des mentalités et firent entrer les sorciers et les sorcières dans le monde de l’impossible. Le diable perdit une part de son influence mais pas de son prestige. En France, l’extinction des procès de sorcellerie s’échelonna entre 1650 et 1682, date d’une ordonnance de Louis XIV interdisant les poursuites. Si la croyance à la sorcellerie a perduré dans les esprits, celle de la sorcière enfourchant son balai ou embrassant Satan fut mise à néant. Une nouvelle ère s’annonçait, celle de des Lumières.

La sorcière, une icône féministe ?

Depuis le 19e siècle, suite aux (fausses) théories (romantiques) de Jules Michelet puis à au cours des années 70, et plus encore aujourd’hui, la créature imaginée ou fantasmée de la sorcière est devenue une icône féministe. Dans ma Sorcière bien aimée, l’héroïne représente une femme puissante aux multiples pouvoirs. A l’heure actuelle, se dire sorcière c’est affirmer sa puissance et sa liberté, c’est assumer sa féminité et sa sexualité. Se dire sorcière c’est participer à la création de cette icône, en croyant l’être, contrairement aux accusées de sorcellerie dont la grande majorité refusaient d’être qualifiées de sorcières. Il ne faut pas confondre accusées de sorcellerie, victimes innocentes, et sorcières, femmes se disant libres.

 

Le phénomène de la chasse aux sorcières est-il élucidé ?

Longtemps dédaigné, l’histoire de la répression de la sorcellerie a réellement débute dans les années 80 grâce à des analyses transdisciplinaires. Mais, le phénomène reste encore bien mystérieux et parfois difficile à comprendre. Pourquoi la répression est-elle survenue, à priori, d’abord en Suisse ? Pourquoi après avoir longtemps refusé de croire à la sorcellerie, l’Eglise a changé d’avis ? Comment expliquer la modération de la France et la fureur du Saint-Empire ou de la Suisse, et les différences régionales de l’Angleterre ? Comment expliquer à certaines dates les 60% voir même 75% de sorciers en Finlande ? Ou les 33% de sorciers en Franche-Comté et seulement les 5% de sorciers dans l’évêché de Bale ? De nombreuses questions méritent de nouvelles recherches pour mieux interpréter un fascinant mais douloureux sujet.

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